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UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

ROSMERTA, une belle aventure humaine à Avignon, qui continue contre vents et marées.
Suite à une réquisition citoyenne en 2018, le lieu Rosmerta est né et depuis, il donne un toit à près d’une quarantaine de jeunes mineurs isolés et des familles avec enfants en bas âge. L’association qui le gère, composée exclusivement de bénévoles, aide près de 50 personnes sans aucun soutien des p...

SORTIE EN AVANT-PREMIÈRE DANS LES SALLES UTOPIA en complicité avec le distributeur Jour 2 Fête (la sortie nationale du film est prévue le 7 décembre)

SOUS LES FIGUES

Erige SEHIRI - Tunisie 2022 1h30 VOSTF - avec Ameni Fdhili, Fide Fdhili, Feten Fdhili, Samar Sifi, Leïla Ohebi... Scénario d’Erige Sehiri, Ghayla Lacroix et Peggy Hammam. Quinzaine des Réalisateurs, Festival de Cannes 2022.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SOUS LES FIGUES On vous glisse ça comme ça : arbre de la connaissance du jardin d’Eden dont Ève et Adam ont osé croquer le fruit, c’est également avec les feuilles du figuier qu’ils ont, au commencement, couvert leur nudité pour tenter d’échapper à la colère divine. C’est un arbre noueux aux branches flexibles et cassantes, ses fruits sont gorgés de sucres et de soleil, ses larges feuilles sont à la fois dures et duveteuses…
Si le très beau film de la jeune réalisatrice tunisienne Erige Sehiri n’a rien de biblique, on éprouve en s’y plongeant les douces sensations qu’il y aurait à se faufiler d’arbre en arbre, dans l’ombre de la canopée, aux côtés de la petite cohorte qui s’active pour récolter les figues.

Pour sa première fiction, la réalisatrice venue du documentaire (on lui doit le remarquable La Voie normale, hélas sorti en catimini en temps de covid), conduit un récit d’une simplicité, pour le coup, biblique, en s’appropriant les codes du théâtre classique et ses sacro-saintes trois unités : de lieu (le verger), de temps (une journée de travail) et d’action (ma foi, justement, la cueillette des fruits). Sobre, efficace, cet espace de travail et de jeu laisse toute latitude à son écriture et à ses comédiennes pour y tresser moult historiettes, relations, situations, qui décrivent avec chaleur un microcosme social, une petite communauté qui a évidemment valeur d’instantané de la société tunisienne et, au-delà, des rapports de classe et de genre.

Le film commence au petit matin, quand un jeune patron vient récupérer les ouvrières et ouvriers du jour qui s’entassent à l’arrière de son pick up. Il y a beaucoup de jeunes filles parfois à peine sorties de l’adolescence, mais aussi quelques femmes d’âge mûr et enfin quelques rares hommes (qui, selon le petit employeur, « ne travaillent pas aussi sérieusement »). Tous se retrouvent sous les figuiers pour un ramassage dont le rituel et les techniques semblent immuables : il s’agit surtout de ramasser les fruits suffisamment mûrs, en évitant soigneusement de casser les branches. Tandis que les heures de la journée s’égrènent, la récolte est l’occasion de discussion entre filles, de retrouvailles, de flirts… Voilées ou non, elles se confient, se racontent et l’on découvre peu à peu les histoires d’amours plus ou moins contrariées des unes et des autres. Et, à travers elles, les blocages encore bien présents dans la société tunisienne. Les amours secrets se nouent en cachette et parfois les rencontres s’organisent aux rayons des supermarchés. Mais au-delà des interdits, c’est surtout dans la tête de certaines que les réticences persistent. La très traditionnelle Sana, très amoureuse de Firas, voudrait que son élu soit bien plus conventionnel dans son rapport aux femmes et à la société. Pour une autre, c’est le retour d’un ancien amoureux platonique, brutalement disparu quelques années auparavant, qui est source de questionnements. Enfin pour une dernière, c’est une idylle avec le jeune patron, pas du tout bien vue par le reste du groupe, qui est l’objet des ragots… Tout cela sous le regard des plus anciennes, dévolues au tri des fruits, qui commentent avec humour ou amertume l’évolution de leur société. À travers une galerie de portraits aux petits oignons servie par des comédiennes non professionnelles adorablement bluffantes, et une mise en scène dynamique qui circule de manière quasi chorégraphique entre les arbres et les groupes, Erige Sehiri décrit magnifiquement la complexité des rapports hommes-femmes, et le poids encore lourd du patriarcat – ses abus, les violences faites aux femmes. Mais aussi le rapport de classe, omniprésent. Tout cela dans cet espace unique qui ouvre vers le ciel mais qui enferme tout autant sous ses branches la communauté des travailleuses et des travailleurs.

Brodé tout en délicatesse, avec ce qu’il faut d’humour et à peine de cruauté, Sous les figues émeut, passionne, amuse. Bref : c’est littéralement un film touché par la grâce. On ne peut que vous souhaiter de vous laisser prendre par la main pour vous glisser, à la suite de ses héroïnes, entre les branches des figuiers.