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"Un sale métier" à voir sur Mediapart
UN SALE METIER, c’est le titre (emprunté au Voleur de Georges Darien) d’un très chouette film réalisé par Pascal Catheland il y a quelques années, qui est visible en accès libre sur le site de Mediapart pendant une semaine à partir du 26 avril 2020 : Un sale métier / Mediapart. La présentation d...

LES GRANDS VOISINS, LA CITE REVEE
LES GRANDS VOISINS et Utopia Sainte Bernadette à MontpellierUne fois n’est pas coutume, à la suite de nos amis d’Utopia Tournefeuille, nous nous essayons à partager avec vous un film, LES GRANDS VOISINS - et de profiter autant que possible de ce moment pour discuter, ensemble, avec d’autres. San...

La Lettre de Wajdi Mouawad
“Nogent-sur-Marne, le 12 avril 2020Mon cher petit garçon, T’écrire ces quatre mots me bouleverse. Ils rendent si réel l’homme que tu es, en cet aujourd’hui qui est le tien, quand, dans celui qui est le mien, tu n’es encore qu’un enfant. Cette lettre je l’adresse donc à l’homme que tu n’es pas en...

HER JOB

Nikos LABÔT - Grèce/France 2018 1h30mn VOSTF - avec Marisha Triantafyllidou, Dimitris Imellos, Maria Filini, Konstantinos Gogoulos... Scénario de Katerina Kleitsioti et Nikos Labôt.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

HER JOBÀ force de parler du travail comme d’une aliénation, on en oublierait presque ceux pour lesquels il est source de délivrance… Même si le contexte n’est pas lourdement surligné dans ce film subtil venu du cœur de la Grèce, on sent bien que la crise y a fait des ravages et qu’un pan de la population accepterait n’importe quel emploi pour sortir la tête de l’eau. S’il démarre dans le microcosme d’une vie coincée entre fer à repasser et aspirateur, Her job va s’élargissant de manière réjouissante à la conquête d’une véritable bouffée de liberté.

À voir l’intérieur soigné et propret de cette maisonnée athénienne, on devine qu’on est dans une famille de la petite classe moyenne, ou ce qu’il en reste. Kostas, le père, en pleine force de l’âge, a perdu l’espoir d’assumer son devoir de soutien de famille. En perdant son emploi c’est aussi une forme de dignité qu’il a perdue. Ce n'est pourtant pas un mauvais bougre mais il erre désormais entre deux miroirs aux alouettes, la télévision et les jeux de hasard. Sa compagne Panayiota, bonne mère, bonne ménagère, essaie de garder la tête haute, comme si de rien n’était. Mais clairement le cœur n’y est plus et tout ce qu’elle retire de son foyer, ce n’est qu’un peu plus de mépris chaque jour. Entre son adolescente de fille qui se goinfre en faisant la gueule et qui la traite comme une serpillère, les caprices de son fiston et les remarques d’un Kostas aigri qui ne perd aucune occasion de persifler, elle parait transparente. Elle ne faisait déjà pas partie de celles que l’on remarque… Villageoise lambda sortie de sa campagne natale pour être cantonnée entre les quatre murs d’un mariage domestique, dans une ville trop grande pour ne pas y rester anonyme. Elle pourrait s’étioler progressivement jusqu’à disparaître, n’être plus qu’une main qui reprise, une éponge qui nettoie, un grain de poussière perdu dans l’indifférence de l’univers.
Il ne lui reste dans le fond pas grand chose si ce n’est son courage, son endurance, sa bonne volonté silencieuse. Mais c’est déjà un terreau formidable ! Quand un beau jour, après l’épluchage des légumes elle se lance dans celui des petites annonces, en les déchiffrant à grand peine, Kostas la raille de plus belle. Qu’imagine-t-elle ? Trouver un boulot ? Elle qui ne sait rien faire ? Les remarques acerbes dissimulent mal la blessure profonde de celui qui se sent devenu inutile. Ramener l’argent à la maison, c'était son rôle, tandis que son épouse était censée s'épanouir dans son rôle de femme au foyer. La voir regarder ailleurs le renvoie à sa faillite personnelle. Mais c’est également un constat réaliste : Kostas sait qu’il n’y a rien à attendre de bon d’un marché du travail qui prend les individus, les essore puis les jette pour les remplacer par plus jeunes, moins regardants… Pourtant, malgré son CV inexistant, son manque d’expérience criant, bref contre toute attente, Panayiota va trouver un job ! Certes, pas un mirobolant, un du bout de la chaîne : faire le ménage dans une grande surface. Vous me direz : ça ne la change pas beaucoup. N’empêche ! Ce petit rien va devenir son tout, une ouverture vitale qui va lui permettre de respirer un peu d’air neuf. D’abord timide, puis de plus en plus assurée, sa soif d’apprendre l’emporte ! Il faut voir comme elle s’applique, fière comme Artaban au volant de sa balayeuse auto-portée dernier cri ! Elle qui ne sait même pas conduire…

Au-delà du salaire qui va permettre à notre héroïne ordinaire de remettre un peu de feta dans ses salades de tomates c’est surtout l’estime d’elle-même qu’elle va reconquérir, tout en donnant un sens à sa vie grâce au lien social retrouvé !