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DUELLES

Olivier MASSET-DEPASSE - Belgique 2018 1h33mn - avec Veerle Baetens, Anne Cœsens, Mehdi Nebbou, Arieh Worthalter, Jules Lefebvre... Scénario d'Olivier Masset-Depasse et Giordano Gederlini, d'après le roman de Barbara Abel Derrière La Haine.

Du 16/05/19 au 28/05/19

DUELLESTout commence un sale matin… Ou plutôt, non : à l’heure de la sortie des écoles. Alice, la blonde Alice, guette depuis un recoin d’ombre le départ de sa brune voisine Céline. Plus personne à l’horizon ? La voilà qui pénètre subrepticement dans la maison mitoyenne, jumelle en tous points de la sienne.

Nous sommes dans une proprette banlieue pavillonnaire embourgeoisée des années 60, à Bruxelles. Ici chacun joue son rôle. Les hommes gagnent le pain du ménage, les femmes se pomponnent, pouponnent, mitonnent… Tant de familles comme autant de clones. Ici rien ne dépasse : nulle mèche des chignons, nulle chemise des pantalons, nul gros mot des opinions. Ici on partage le goût des choses bien rangées dans les cases prévues à cet effet. Même manière de voir la vie, mêmes goûts, mêmes aspirations, mêmes berlines… et bientôt mêmes varices, mêmes rides et pourquoi pas même cimetière. Une vie idéale et sans vague, qui se déroule sans mauvaise surprise. C’est peut-être ça le bonheur ? Quoi ? Ce mortel ennui ? Mais non : ici on s’éclate ! On organise même des garden-parties policées sur les pelouses tondues de frais. Dans cet entre-soi réconfortant, on est perpétuellement attentif et vigilant, on se soutient mutuellement et on laisse les bas sentiments stériles à d’autres. Quoi de plus beau que d’aduler son mari, son enfant, ses amis ? Oui, par dessus-tout il y a l’amitié vraie, inconditionnelle. Celle par exemple, indéfectible, entre Alice et Céline. Ces deux-là se complètent harmonieusement, toujours à se faire de grandes démonstrations, de grandes déclarations, inséparables jusqu’à avoir inclu leurs maris et leurs mioches dans leur relation, tous fusionnels comme s’ils faisaient partie d’une même grande famille, en mieux même. Seule une fluette haie percée de passages secrets semble séparer les deux maisonnées, qui n’ont aucun secret l’une pour l’autre.

Pourtant… Quelque chose d’indicible plane parfois au fin fond des regards des deux âmes sœurs, comme enfoui sous leur inlassable sourire. On peine à l’interpréter : est-ce de l’envie, de la jalousie, une soudaine méfiance ? Cela passe aussi vite que c’est venu, comme un premier nuage discret mais annonciateur d’un orage fulgurant dans un ciel d’été. On subodore qu’il se pourrait bien qu’on aie besoin d’une petite laine et d’un paratonnerre avant la fin de la journée. Comme il se pourrait bien que ces deux meilleures amies de la terre en deviennent les pires ennemies…
Dès la première scène, on se sait sur le fil d’un rasoir encore invisible. Puis ce sera le terrible accident. La tempête s’abattra alors, plus noire que prévu. On passera le reste du film à se demander de quel côté ça va basculer, tandis que tout ce qui paraissait immuable s’effritera, se déstructurera inéluctablement. Tour à tour Alice et Céline semblent dévastées par des vagues de culpabilité et sont prêtes à sombrer dans une paranoïa alarmante… Mais peut-être tout à fait justifiée.

Voilà un petit thriller psychologique qui repose sur l’interprétation au cordeau de ses acteurs et surtout de ses actrices. Peut-être pas un grand film, mais suffisamment bien mené pour qu’on se laisse prendre au jeu. Et on se languit de voir grandir le jeune Jules Lefebvre, dont c'est la première apparition à l'écran (pas étonnant vu son âge), tout à fait flippant et inquiétant dans le rôle de Théo, le fils d’Alice.