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SIX PORTRAITS XL

Écrit et réalisé par Alain CAVALIER - France 2017 - 3 Programmes de 2 Films, visibles dans n'importe quel ordre.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SIX PORTRAITS XLLéon et Guillaume (1h44)
Jacquotte et Daniel (1h43)
Philippe et Bernard (1h41)

Ces six portraits qu’Alain Cavalier ajoute à sa galerie n’ont d’abord pas été conçus comme des films à part entière. Ils sont extraits du journal filmé qu’il tient depuis 1993. Cela ne fait guère de différence pour celui qui, depuis La Rencontre (1996), a abandonné scénarios, plateaux de tournage, stars et équipes techniques pour devenir ce qu’il appelle lui-même un « filmeur », un cinéaste solitaire ne faisant qu’un avec sa caméra et ayant aboli tout ce qui le séparait des êtres et des choses qu’il regarde désormais avec une disponibilité totale.

Léon et Guillaume sont consacrés à deux artisans : un cordonnier (Léon) s’apprêtant à prendre sa retraite et à quitter la boutique où il travaille depuis plus de quarante ans, et un jeune boulanger-pâtissier (Guillaume) se préparant à ouvrir un nouveau commerce. Ces deux films raccordent avec les magnifiques premières séries de portraits réalisées par Cavalier en 1987 et 1991, tous consacrés aux lieux et gestes de femmes au travail. 

Jacquotte et Daniel s’attachent à deux amis du cinéaste ayant en commun un rapport obsessionnel à un lieu. Jacquotte n’a pas touché à la maison de ses parents depuis leur mort, conservant dans leur jus les tapisseries, meubles et objets datant des années 1880. Daniel (Isoppo) est acteur et cinéaste, il vit seul dans son appartement poussiéreux plein de disques, de livres, de VHS et n’en sort qu’après de longs rituels de vérification. 

Philippe et Bernard accompagnent deux hommes habitués à s’exposer, à maîtriser image et parole : Philippe Labro, qui prépare et tourne ses interviews-portraits à une vitesse opposée à la patience de Cavalier ; Bernard Crombey, comédien suivi pendant dix ans lors de la tournée de sa pièce Motobécane.

Cavalier observe en complice bienveillant, parfois jusqu’à s’émerveiller d’un détail, d’un mot, d’un instant qu’il qualifie alors de « somptueux ». Sa caméra dévie régulièrement de la parole vers les corps et les gestes ; vers les mains, surtout, mais aussi les bouches (celle de Labro, plusieurs fois en gros plan), les pieds (le film sur le cordonnier annonçant les divers plans où quelqu’un se chausse) ou les nuques.
C’est la quotidienneté même de ces gestes qui l’intéresse, leur répétition parfois inconsciente, ou fruit d’un savoir d’artisan, ou pathologique (les TOC de Daniel). Le filmeur étant alors celui qui sait rendre par son seul regard une valeur singulière à tout ce qui constitue la vie ordinaire de chacun. Cela vaut aussi pour les objets - outils et machines de l’artisan, fétiches amassés le long d’une vie, collections où se cristallisent les passions et les obsessions - et pour les lieux où se concentre le travail, où s’égrène une vie, où s’entasse le passé.
Les films les plus beaux sont ceux où ce rapport aux gestes, aux choses et aux lieux atteint un point de rupture, physique, psychique ou sentimental : Léon, qui va cesser de travailler, abandonner son atelier, libérer ses mains de mouvements mille fois réitérés ; Jacquotte, qui doit vendre sa maison familiale, son sanctuaire, son mémorial ; Daniel, dont les TOC ont rendu maladifs son utilisation des objets et ses actes les plus familiers.

Dans ces six portraits, Cavalier filme des suites de premières et de dernières fois, saisies dans le flux du présent ou, au contraire, soulignées par des ellipses qui marquent les sautes du temps aussi bien que la perpétuation d’un travail ou d’un rituel. Labro cite à plusieurs reprises cette phrase d’Albert Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » D’une certaine façon, le plus simplement du monde, Cavalier montre le contraire : malgré les apparences, dans la répétition tout recommence et s’achève à chaque fois, tout est mort et renaissance.

(Marcus Uzal, Libération)