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LES HIRONDELLES DE KABOUL

Zabou BREITMAN et Eléa GOBBÉ-MÉVELLEC - film d'animation France 2018 1h21mn - avec les voix de Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swann Arlaud, Hiam Abbass... Scénario de Sébastien Tavel, Patricia Mortagne et Zabou Breitman, d'après le roman de Yasmina Khadra.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES HIRONDELLES DE KABOULZunaira est si belle ! C’est une bénédiction d’être si belle ! Ou une malédiction, c’est selon… Toujours est-il qu’elle semble faite pour croquer la vie à pleines dents. Sa voix fraîche, son regard profond qui illumine le monde, ses longs cheveux bruns qui se déploient en cascades généreuses… Mais, plus que tout, son intelligence vive, une forme d’engagement profond. Pas étonnant que Mohsen fonde pour elle, on s’éprendrait pour moins ! Sans parler de son talent de dessinatrice, sa force créatrice… Ces deux-là se respectent, attentifs l’un à l’autre. Ici ou là, ces tourtereaux auraient tout pour convoler heureux et légers comme l’air.
Mais nous sommes en 1998 au pays des talibans, on y exige que le corps des femmes soit caché de la tête aux pieds. Nul orteil, nulle pensée ne doivent dépasser. Les seuls espaces de liberté, fragiles, restent enfouis dans le secret des cerveaux ou celui des maisons. Et encore… il faut se garder de chanter, surtout à tue-tête, les morceaux illicites composés par le « Burka Band », groupe de garage punk créé par trois jeunes Afghanes, comme le fait Zunaira au grand dam de ses voisines. Elles viennent supplier l’inconsciente de se taire, par peur que le courroux aveugle des fondamentalistes ne s’abatte sur toutes. Une injustice est si vite arrivée. Mais qu’il est donc dur de s’astreindre au silence quand on a connu les temps bénis où l’on pouvait s’exprimer sans que blâmes et couperets moralisateurs soient prêts à s’abattre à tout instant. Pour cette génération, c’est une longue traversée du désert sans espoir d’oasis à l’horizon, sans possibilité d’épanouissement. Pourtant certains jamais ne baisseront les bras.

Quand un ancien professeur propose à Mohsen d’enseigner dans une école clandestine les matières censurées par le pouvoir en place, occasion inespérée de lutter contre l’embrigadement des enfants, Zunaira bondit de joie. Contrairement à son amoureux, un brin frileux, elle n’a pas l’ombre d’une hésitation, l’incitant à un courage qu’il n’aurait peut-être pas sans elle, assoiffée de justice. Tous les ingrédients sont désormais en place pour que tout bascule…
C’est un coup du destin qui va faire que leurs pas vont croiser ceux d’un autre couple : Atiq, gardien de prison taiseux, et Mussarat, sa femme encore belle mais désormais usée par les ans et autre chose qui la ronge. Si une forme d’attachement persiste entre eux, la tentation se fait grande pour l’homme de ne plus résister aux pressions masculines. On lui souffle à l’oreille de ne plus s’embarrasser d’une épouse devenue un fardeau dans sa vie. Ce serait tellement simple de la remplacer par une plus jeune, plus industrieuse. Tous font ça et qu’importe les sentiments, les aspirations de femmes devenues interchangeables…

Nul besoin de grands effets de manche, nul besoin de tire larmes, ici la tendresse vient sobrement à la rescousse de la réalité crue… La douceur charnelle des dessins, dont les lignes restent parfois en suspens, comme le destin des protagonistes, rendent supportable ce qui ne l’est pas. La beauté des paysages contraste avec la laideur de certaines âmes, la luminosité avec la noirceur.
Les deux réalisatrices réussissent un film sobre et élégant, sans pathos. Les couleurs de chaque plans deviennent comme autant de cris du cœur silencieux. La brutalité de la société afghane sous les talibans pénètre sans artifices dans nos univers confortables. Nul artefact : juste la vérité, toute la vérité, celle des hommes et des femmes ordinaires, aux prises avec un système qui les dépasse.