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Atelier d'écriture YAKSA 7 : Kévin
La première fois que je l’ai vu, c’était à mon anniversaire, il était sorti d’un énorme gâteau avec des oreilles de lapin et un pompon blanc coincé entre les fesses. On peut pas vraiment dire que ce soit mon genre de mec mais il s’était passé un truc, je ne sais pas quoi exac...

Atelier d'écriture YAKSA 6 : Daria
Je m’appelle Greg Camazot, j’ai 34 ans ; je suis arrivé à Londres, il y a deux ans. Je travaillais à cette époque pour la Food and Drug Administration pour développer des recherches en alimentation alternative d’origine animale à base d’insectes.Les semaines qui avaient suivi le départ de Daria...

Atelier d'écriture YAKSA 5 : à partir de tableaux de Magritte
Test du parapluie. Comment savoir si un parapluie est vraiment étanche ?C’est très simple.Prenez un verre d’eau. Oui un simple verre d’eau transparent. Un verre que vous pouvez trouver partout. Un verre sans identification spécifique.Remplissez-le au 9/10 - c’est très important- d’eau du robine...

Atelier d'écriture YAKSA 4 : la parole
Parole que l’on dit sans y penser.Parole qui échappe, le mot de trop où la parole exprimée sans retenue se transforme en parole dérangeante et devient celle qu’on n’aurait pas dû dire.Parole qui peut être mise en musique ou en poème.Parole divine, posée sur une musique sacrée.Parol...



UNE GRANDE FILLE

Kantemir BALAGOV - Russie 2019 2h17mn VOSTF - avec Viktoria Miroshnichenko, Vasilisa Perelygina, Timofey Glazkov, Andrey Bykov... Scénario de Kantemir Balagov et Alexandr Terekhov. Festival de Cannes 2019 : Prix de la mise en scène, sélection Un certain regard – Prix de la critique internationale.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

UNE GRANDE FILLEKantemir Balagov : retenez bien le nom de ce surdoué de 27 ans… Si son premier film, Tesnota, une vie à l’étroit nous avait tapé dans l'œil, son second, Une grande fille, monte encore d’un cran. Un grand cinéaste est né.
Retenez également le nom des deux actrices principales qui font leurs débuts à l’écran : Vasilisa Perelygina et surtout Viktoria Miroshnichenko, dont la présence si particulière la rend inoubliable. Longiligne, exsangue, Iya est à l’image de sa ville, Léningrad, de sa Russie, encore secouée par les soubresauts du conflit qui vient de s’achever. Nous sommes en 1945. Encombrée d’un corps et d’un passé trop grands pour elle, l'infirmière Iya fait partie de ces voix inaudibles et timides perdues au milieu de celles des hommes qui gémissent, murmurent, draguent… sidérés par un relent de douleur poisseuse. La jeune femme les écoute, les panse, les comprend à demi-silence. Elle fut sur le front à leurs côtés, combattant à sa manière, comme tant d’autres oubliées des livres d’histoire. La vaillance et les blessures féminines ont-elles moins de valeur que celles des hommes ?

Tout comme dans Tesnota, le réalisateur place sa caméra transgressive du côté du sexe faussement faible. Mais il ne va pas nous donner un pamphlet banal, convenu et convenable. Chaque scène s’avère d’une beauté lumineuse et glaçante, aussi douce que tranchante. S’il convoque le classicisme, il ne s’englue pas dans ses pièges – l'académisme, la reconstitution figée – et le bouscule d'une sorte de modernité anachronique. Plus les plans transcendent les acteurs en les saisissant dans des poses caravagesques, plus leurs personnages s’enhardissent à sortir des cadres formellement parfaits élaborés par la photographie somptueuse de Kseniya Sereda (à peine 25 ans !). Au fil des clairs-obscurs, des ambiances tantôt cliniques, tantôt chatoyantes, la mise en scène nous plonge dans les méandres de désirs inextinguibles : la soif de vivre, la poursuite maladroite du bonheur envers et contre tout, l’espérance d’une incertaine réparation, autant celle des corps que celle des âmes dont les plaies moins visibles n’en sont pas moins présentes.
Iya, qui soigne les blessés dans un hôpital d’après-guerre, soigne peut-être aussi quelque chose d’elle-même. D’étranges acouphènes la laissent parfois scotchée au bord de la réalité, comme absente au monde et à sa propre personne. Ses collègues attendent alors que la grande fille émerge de sa soudaine catalepsie, puis reprenne sans mot dire le cours de son existence tenace. Ici chacun a déjà tant à faire que nul ne vient remuer les parts de mystère. Le moindre geste les dévoile bien assez. C’est dans les recoins les plus communs de l’existence, une volute de fumée, une taquinerie, que transparait une forme de reconnaissance. Même le médecin chef au regard compatissant se sait proche de cette grande gigue, elle et lui prisonniers / gardiens de la même cour des miracles.
Le soir venu, le rayon de soleil qui pétille dans la vie de Iya est un petit bonhomme à la drôle de figure, Pashka, qu’elle couve dans un cocon aussi chaleureux qu’étouffant. Tout le monde croit que c'est son fils mais on découvrira au retour de Masha, une ancienne camarade du front, qu’il n’en est rien. Ensemble ces deux âmes sœurs, antithèses l’une de l’autre, vont réapprendre à jouir de la vie, dans une ambiance mélodieusement dissonante. Relation réparatrice aussi bien que toxique, pour le moins intrigante.

Le film est assez long mais rien n’y est longueur. Les plans, souvent étirés à l’extrême, sont d’une intensité rare et balaient un spectre d’émotions contradictoires. Entre tendresse, empathie, malaise, colère, Une grande fille ne cessera de nous troubler… Que du bonheur, du vrai grand cinéma !