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CINÉMA UTOPIA BORDEROUGE : ouverture le mercredi 12 juin
Jouez hautbois, résonnez musettes ! L’autorisation d’ouverture tant attendue est enfin arrivée. On brique les projecteurs, l’association Domino donne un coup de râteau dans le jardin, le mûrier exulte… et nous donc ! Attention ! ne vous trompez pas, ce mois-ci except...

Borderouge : L'attente et le désir…
Borderougeoises, Borderougeois !… Habitants des quartiers et petites villes alentours, Tournefeuillus en vadrouille… pardonnez nous ! Nous nous couvrons la tête de cendres, nous nous flagellons, nous nous mortifions, nous revêtons le cilice, dépités d’avoir dû annuler projections et ...

Contre temps : le ciné Borderouge ouvrira plus tard que prévu !
Nous en sommes tout désappointés, mais la Commission de Sécurité qui s’est réunie le 4 avril a demandé des compléments de dossier concernant les quelques modifications apportées au permis de construire… Nos architectes et bureau d’étude transmettent les pièces demandées cette semaine, mais la no...

Osez Le Féminisme ! Appel à contribution
Pendant le mois de mars Utopia et l’association Osez Le Féminisme Toulouse s’associent pour organiser une collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes en situation de précarité.Les violences économiques contre les femmes les fragilisent. Trop souvent, les femmes migrantes ou SDF sont in...



SORTIE EN AVANT-PREMIÈRE À PARTIR DU 31 JUILLET UNIQUEMENT DANS LES SALLES UTOPIA ! Séances exceptionnelles en avant-première en présence du réalisateur, le samedi 3 août à 17h à Tournefeuille et à 20h à borderouge (achetez vos places à partir du 20 juillet).

CEUX QUI TRAVAILLENT

Antoine RUSSBACH - Suisse / Belgique 2019 1h42mn - avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Louka Minella, Isaline Prévost, Michel Voïta, Pauline Schneider... Scénario d'Emmanuel Marre et Antoine Russbach, avec la collaboration de Catherine Paillé.

Du 31/07/19 au 24/09/19 à Toulouse (Borderouge) - Du 31/07/19 au 03/09/19 à Tournefeuille

CEUX QUI TRAVAILLENTC'est un film que tous les Utopia unanimes ont choisi de promouvoir cet été, bien avant qu'il sorte en France, le 25 septembre prochain. Une façon de profiter de votre disponibilité alors que les poncifs voudraient qu'en cette période de vacances vos méninges soient en rade, trop nazes pour ingurgiter autre chose que du divertissement léger et vide. A contrario, on se dit que vacances ne veut pas dire vacance, que c'est le moment ou jamais de faire le plein d'intelligence et de beauté : s'il est un film à voir dans le creux de l'été, c'est bien celui-ci, parce qu'en plus d'être une magnifique réussite, il explore ce qu'il y a de plus profond dans la nature humaine et interroge finement l'impact de nos choix collectifs autant qu'individuels sur l'évolution du monde.
Comment se peut-il qu'un jeune réalisateur puisse du premier coup pondre une telle œuvre, qui laisse pantois tant sa pertinence nous claque à la gueule ? Pauvres de nous… quel monstre broyeur d'humanité avons nous donc construit sans que personne ne s'insurge ? Sans que personne au sommet des tribunes du pouvoir ne se lève pour hurler d'arrêter tout ! Antoine Russbach réussit dans son premier long métrage à dire avec une force saisissante l'essentiel de ce qui nous tourmente et questionne la société toute entière : que sommes nous devenus pour nous faire les complices de ce qui nous écrase et menace en nous ce qu'il reste d'humanité ? Comment se peut-il qu'ayant désormais à disposition autant de moyens de voir, de savoir, de comprendre, nous soyons devenus à ce point aveugles et sourds à ce qui se joue dans les coulisses de la consommation de masse, d'un commerce mondialisé ? Serions nous devenus indifférents et impuissants à force d'individualisme ?

Frank est cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime. Chef d'orchestre d'un ballet de cargos énormes qui trimballent d'un continent à l'autre toutes sortes de denrées plus ou moins rapidement périssables. Il définit les routes des navires qui ne sont pour lui qu'une abstraction concrétisée par des chiffres et des petits points qui se baladent sur un écran d'ordinateur… tandis que les individus disparaissent dans les statistiques, petites choses anonymes perdues dans un océan invisible et lointain dont on ne saurait percevoir, depuis ce bureau ultra-moderne, ni l'odeur des embruns, ni le ressac d'une humanité en souffrance.
Il est bosseur Frank, il a le sens des responsabilité, une famille, trois beaux enfants élevés au cordeau, qu'il n'a guère le temps de voir, mais qui ne manquent de rien et surtout pas du dernier smartphone que les copains lorgnent avec envie. Il assume son rôle de père, de mari avec la même conscience que le reste… sans se demander jamais si cette vie-là le rend vraiment heureux.
Ce jour-là justement, il doit quitter à la hâte son bureau pour récupérer sa fille à la demande de l'école : un bobo, un mal au ventre, une envie de câlins ?.. Au moment même où un capitaine de cargo le sollicite dans une situation de crise : un clandestin se trouve à bord, malade, peut-être contagieux, l'équipage est inquiet… Accroché à son portable, Frank hésite : quelle ordre donner ? Faire demi tour et ramener le malade au premier port qui le prendra en charge, au risque de perdre la cargaison ? Aller au bout, braver la peur des marins, risquer le contrôle, une amende, voire pire ?
Frank tranchera sous la pression et son choix, terrible, lui coûtera son poste… Trahi par un système à qui il pense avoir tout donné et qui, hypocritement, le lâche, alors même qu'il s'inscrivait parfaitement dans sa logique, en cohérence avec les objectifs fixés, caution parfaite d'un système où il avait sa part, ni pire ni meilleur que n'importe quel autre. Et voilà que cette décision, prise en toute conscience, renvoie les autres à la mécanique infernale qu'ils ont construite et dont ils refusent de payer le prix : Frank sera le fusible qui saute.

C'est d'une maitrise confondante et Olivier Gourmet porte le personnage avec une intensité qui ne laisse rien passer : créature d'un système qu'il contribue à nourrir, il est le seul à regarder les choses en face, peu fier de ce qu'il a fait, mais persuadé qu'il n'y avait pas d'autre choix possible. Ce faisant il renvoie la question à ceux qui regardent le film : qui sommes nous pour juger, qui peut condamner… car ce type-là est un humain, avec sa part d'ombre et sa part de lumière et ses tourments résonnent en nous. Où finit la responsabilité de la société qu'on a tous contribué à créer, où commence la nôtre ? Suffit-il de jouer dans les marges pour être exempt de cette co-responsabilité ? Que sommes nous prêts à accepter pour ne rien perdre de notre confort ?
Ce n'est pas un film bavard, c'est un film dont l'intensité tient autant dans les mots que dans les silences, les gestes, les regards, les frémissements du visage. Et Gourmet excelle à porter à fleur de corps les frémissements inquiets de l'âme…