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CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limitées dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
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Quiz des trente dernière secondes
Vous trouverez ici les archives du quiz des “trente dernières secondes” Quiz cinéma : les 30 dernières secondesPour célébrer la fin de l’année écoulée et vous présenter nos meilleurs vœux pour 2021, l’équipe d’Utopia Bordeaux (sur un colossal travail d’archiviste d’Aurore) vous propos...

Le monde du silence
LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

Journal du 2ème confinement
Ici sont archivés les publications mises en ligne lors du 2ème confinement, du 30 octobre au 14 décembre 2020     En attendant de nous retrouver, on signe et on relaie cet appel de David Dufresne, réalisateur du film UN PAYS QUI SE TIENT SAGE. Chers ami(e)s, Samedi prochain, à 14h, se tiendront d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...


LE CINÉMA EST ACTUELLEMENT FERMÉ, MAIS...

Nous restons aussi en contact via le site,
les réseaux sociaux, par courriel
ou par téléphone au 05 56 52 00 03.

Nous sommes régulièrement sur place. Vous pouvez donc continuer à passer au cinéma pour acheter des carnets tickets (50€ les dix tickets, non-nominatifs et sans durée de validité), des films du catalogue Video en poche, ou tout simplement pour échanger quelques mots.
Contactez-nous, nous trouverons un moment pour nous rencontrer.



 

En attendant de nous retrouver...

Du 30/10/20 au 27/04/21


ATTENTION ! PCA SOUS COUVRE-FEU À 18 H,


ON DÉCALE LE JOUR DES LIVRAISONS :
PAS DE DISTRIBUTION LES DEUX PROCHAINS MERCREDIS
MAIS DEUX LIVRAISONS RÉPARTIES SUR DEUX JOURS :
le vendredi de 16h30 à 17h30 et le samedi de 11h à 12h,
toujours dans le hall du cinéma.



Afin de réorganiser au mieux ces deux prochaines distributions, merci de faire connaître votre créneau préférentiel dès que possible en donnant votre réponse sur FRAMADATE:
https://framadate.org/jSeHmfvkSIXqOOhSRJUrN964/admin


PCA (Paysans et Consommateurs Associés), l’amap qui tient ses quartiers au cinéma depuis 2004, continue donc d’assurer, malgré la fermeture de nos salles, commandes mensuelles et livraisons hebdomadaires et ce, bien sûr, dans le plus grand respect des consignes sanitaires.


Les producteurs seront présents le vendredi, et le samedi, ce sera l'équipe d'Utopia et des consommateurs de PCA qui vous remettront votre panier, laissé la veille par les producteurs.


Ce changement de jour, nous l'avons envisagé avec plusieurs d'entre vous mercredi dernier et, a priori, selon ce bref sondage... nous étions toutes et tous d'accord sur ce choix du vendredi et du samedi. Cependant, pour être sûrs que nous le sommes toujours, et pour celles et ceux qui n'étaient pas là ou qui n'ont pas suivi, merci de nous le confirmer rapidement.


Pour celles et ceux qui souhaitent de nouveau commander pour les mois à venir : février, mars, avril… des légumes bien frais et de saison, des œufs pondus de la veille, voire même du matin, à l’aube naissante, des tisanes pour gosiers délicats, du pain sans additifs chimiques, du miel d’abeille, délicieux, du fromage de chèvre des prairies, de vache des montagnes, mais aussi de l’huile d’olive, des amandes, des pistaches et des olives en provenance directe de Grèce, et de grande qualité, et plein d’autres propositions, nous vous invitons à aller sur le site, vous y trouverez ces prochains jours tous les bons de commande des producteurs : pca.nursit.com


Merci de votre coopération! À très vite, Isabelle Utopia/PCA et Pierre de PCA qui a lancé le FRAMADATE.




Dimanche 11 avril


Hier, fin N° 95. Les mésaventures de Dom et Fiona, souffle l'indice d'Aurore. Les deux personnages portent le même nom que leurs interprètes et créateurs : Fiona Gordon et Dominique Abel, déjà croisés à l'étape 21 de ce quiz avec L'ICEBERG (2005). Cette fois les rythmes chaloupés de la bande son nous mettent sur la bonne voie, même si ma connaissance toute relative de la musique latino ne m'autorise pas être affirmatif sur le nom de la danse ici jouée... mais c'est bien RUMBA (2008), le deuxième film du trio formé par Gordon, Abel et Bruno Romy. Une fantaisie burlesque dans la droite ligne de L'ICEBERG, qui met en scène Fiona et Dom dans des personnages très proches de ceux de leur premier film : comme les grands burlesques, de Chaplin à Keaton en passant par Tati, ils incarnent, plutôt que de véritables rôles, des caractères, des figures qui gardent leurs caractéristiques de film en film. Ici ils sont professeurs dans une école, elle d'anglais, lui de gym, et filent le parfait amour nourri de leur passion commune pour la danse qu'on appelle parfois de salon. Ils participent régulièrement à des compétitions amateurs et leur petit logement est encombré des coupes et autres trophées glanés de-ci, de-là. Et c'est justement en rentrant, une fois de plus victorieux, d'un Concours cantonal de danse américano-latine que leur existence paisible va basculer : en cherchant à éviter un suicidaire mal inspiré, Dom envoie leur petite automobile dans le décor. Bilan laconique de l'accident : Fiona perd une jambe et Dom la mémoire. Conclusion lapidaire : fini la rumba, bonjour les catas... que nos deux héros affronteront avec un optimiste parfaitement flegmatique, qui fait partie intégrante de l'univers du trio d'auteurs-réalisateurs. La vie est compliquée et parfois cruelle, les humains sont fragiles et souvent démunis mais ce n'est pas une raison pour désespérer, aimons, bougeons, rions... et on finira par s'en sortir.
Comme on l'indiquait dans la notule sur L'ICEBERG, RUMBA est à ce jour le plus gros succès d'Abel et Gordon. Le titre dansant y est sans doute pour quelque chose... il faudra faire un jour une étude au sujet de l'influence de leur titre sur la carrière des films.
Au fait, avant RUMBA il y eut en 1986 LA RUMBA (l'article change tout), un film pas terrible (euphémisme) réalisé et interprété par Roger Hanin, à l'époque pas encore commissaire Navarro (le premier épisode de la série sera diffusé sur TF1 le 26 octobre 1989) mais déjà beau-frère de François Mitterrand (depuis son mariage en 1957 avec la sœur aînée de Danielle Mitterrand). Mais là, je m'égare...


Aujourd'hui : coucher de soleil à Biarritz.






Samedi 10 avril


Hier, fin N° 94. Aucune hésitation, aucun doute : l'ambiance, le trait, l'harmonie des couleurs, l'extraordinaire soin apporté aux détails, et la voix du regretté Michel Robin : « c'est fini, mémé. ». LES TRIPLETTES DE BELLEVILLE (2003) écrit et réalisé par Sylvain Chomet. L'irrésistible histoire de Champion, un jeune garçon mélancolique et solitaire élevé par sa grand-mère, la craquante Madame Souza, vieille dame d’origine portugaise, qui refuse de laisser son pied bot gâcher son énergie et son amour de la vie. Madame Souza a très tôt remarqué la passion de son Champion pour le vélo. Alors elle lui fait suivre un entraînement acharné et c’est tout naturellement que le bien prénommé devient un as de la petite reine, à tel point qu’il se retrouve dans le peloton du célèbre Tour de France.
Et c’est là que le mystère pointe son nez : pendant la course, Champion est enlevé par deux hommes en noir, sortis d’on ne sait où, envoyés par on ne sait qui. Madame Souza ne fait ni une, ni deux et part à la recherche de Champion, flanquée de son chien Bruno, au flair légendaire. Leur quête va les mener au-delà de l’Océan sans doute Atlantique, jusqu’à une ville immense nommée Belleville : oui, le même nom exactement que le vieux quartier de Paris que Madame Souza connaît si bien !
Entrent alors en scène les « Triplettes », qu’on attendait avec impatience puisqu’après tout elles donnent leur titre au film ! Ce sont d’excentriques stars du music-hall des années 30 qui décident de prendre Madame Souza sous leur aile et vont l'accompagner dans sa quête...
Je me souviens des TRIPLETTES DE BELLEVILLE comme de la réussite exceptionnelle qui a amorcé le grand renouveau de l'animation française non prioritairement destinée aux enfants dans les années 2000. Sortie en juin 2003, la merveille de Sylvain Chomet avait été précédée, un an plus tôt, par CORTO MALTESE, LA COUR SECRÈTE DES ARCANES de Pascal Morelli, mais le film n'était pas du même niveau et avait eu un moindre retentissement. On peut dire que pendant cette décennie, LES TRIPLETTES n'a eu qu'un seul alter ego : le splendide PERSEPOLIS (2007) de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Les deux films ont d'ailleurs eu droit à la première page de notre gazette, pour nous ça veut tout dire.
On avait découvert Sylvain Chomet avec son très beau court-métrage LA VIEILLE DAME ET LES PIGEONS (1997), qui déjà faisait vivre le Paris populaire des années cinquante-soixante, avec ses décors superbement fignolés, mais avec un côté plus noir et tirant vers le fantastique. Un lien pour le voir : https://youtu.be/MqhVcRrrauY
On a déjà brièvement parlé, dans la notule consacrée aux VACANCES DE MONSIEUR HULOT, de son long métrage d'animation suivant, L'ILLUSIONNISTE (2010), bijou de délicatesse et de poésie concrétisant un scénario écrit mais jamais tourné par Jacques Tati, conservé dans ses archives sous le titre « Film Tati n°4 ». Est-ce à cause du relatif insuccès du film que Sylvain Chomet n'a pu mener à bien aucun projet d'animation depuis ? Il s'est essayé à la fiction en prises de vues réelles avec ATTILA MARCEL (2013), qui tentait de créer une ambiance picturale un peu décalée, mais le résultat ne fut pas très concluant. On espère son retour au dessin animé, à l'ancienne, il a un talent trop éclatant dans ce domaine pour qu'on se résigne à ne plus voir son travail.


Aujourd'hui : les mésaventures de Dom et Fiona.






Vendredi 9 avril


Hier, fin N° 93. Démonstration magnifique que le cinéma est bien l'art de l'espace et du cadrage. Il se trouve que la toute première scène du film est également cadrée à travers l'ouverture d'une porte, mais elle part du noir pour aller vers la lumière ; ici c'est l'inverse, la couleur et la lumière se fondent au noir. John Wayne laisse entrer les membres d'une famille dont il ne fera jamais partie puis tourne le dos et s'en va, sans doute définitivement seul, sur les dernières note de « Ride away » (Va chevaucher au loin), la chanson leitmotiv du film, composée par Max Steiner, écrite par Stan Jones et chantée, ça ne s'invente pas, par The Sons of the pioneers. C'est LA PRISONNIÈRE DU DÉSERT (1956) de John Ford, que tous ses fans (et il sont nombreux à penser que c'est un des plus beaux westerns de l'histoire du cinéma) ne désignent que par son titre original : THE SEARCHERS.
À partir de là, cette notule va se placer sous le signe de Bertrand Tavernier, qui n'a décidément pas fini de nous manquer. Et s'y placer tout naturellement puisque cette photo, à travers l'encadrement de la porte, de John Wayne s'éloignant de dos vers son destin de poor lonesome cowboy figure en couverture de la dernière édition en date (1995, chez Omnibus) de « 50 ans de cinéma américain », l'incontournable ouvrage signé Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier – dont je peux me vanter de posséder un exemplaire dédicacé par icelui lors de sa première visite à Utopia Bordeaux en 2001. Voici ce qu'écrit Tavernier de THE SEARCHERS : « L'histoire d'une obsession. Un vétéran de la guerre de Sécession passe dix ans de sa vie à la recherche d'une petite fille enlevée par des Indiens. Un des films les plus riches, les plus complexes et les plus sombres de John Ford, qui le décrivait comme « la tragédie d'un solitaire ». Superbe photo (couleurs et Vistavision) de Winton C. Hoch. Ecrit par Frank S. Nugent d'après un roman d'Alan Le May. Le film aura une immense influence sur les cinéastes cinéphiles américains qui comment à tourner dans les années soixante-dix. »
Et plus loin, sur John Ford : « Les modes passent, les cinéastes sont oubliés, les gloires éphémères se ternissent vite et John Ford reste. Le vieux Sean (NDLR : John Ford est né en Irlande sous l'identité de Sean Aloysius O'Feeney), cela est sûr maintenant, enterrera tout le monde. On peut le bouder un instant pour aller découvrir d'autres horizons, d'autres styles, quand on revient il n'a pas pris une ride supplémentaire et, après dix plans, il faut se rendre à l'évidence : il les domine tous.
Tout d'abord parce qu'il est l'un des seuls cinéastes à avoir bâti une œuvre à la mesure de l'Amérique. La vaste saga que forment ses films ressemblent à un miroir où se réfléchit ce pays passionnant et contradictoire, immense surtout... »
Tavernier précise que le scénario du film est adapté du roman d'Alan Le May, édité en France par les Editions du Rocher puis par les Editions Télémaque. Il est je crois épuisé en librairie, trouvable sur internet mais pas évident si on veut éviter Amazon. Il faut savoir que l'infatigable Tavernier avait créé en 2013 chez Actes Sud une collection de romans western, intitulée « L'Ouest, le vrai ». Vingt volumes ont ainsi été publiés, dont un autre roman d'Alan Le May, « Le Vent de la plaine », également adapté au cinéma en 1960, sous le même titre, par John Huston, avec Audrey Hepburn et Burt Lancaster.
Et puisque j'en suis venu aux romans western, je ne peux pas ne pas signaler la disparition, le même jour que Bertrand Tavernier, maudit soit à jamais le 25 mars 2021, d'un exceptionnel romancier de l'ouest américain : Larry McMurtry. Tous ses bouquins sont publiés chez Galmeister, précipitez vous sur sa saga « Lonesome Dove », c'est absolument exaltant et magnifique. McMurtry était lié au cinéma puisque plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, dont « La Dernière séance – The Last picture show » en 1971par Peter Bogdanovich (occasion d'une mémorable rencontre à Utopia avec Jean-Baptiste Thoret), et qu'il fut le scénariste oscarisé de LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN (2005) d'Ang Lee.


Aujourd'hui : reines d’un Tour...






Jeudi 8 avril


Hier, fin N° 92. Comme dans le film de la veille, c'est la voix ce la réalisatrice que l'on entend. Une voix reconnaissable entre mille, un phrasé repérable entre dix mille. C'est Marguerite Duras qui dit même le titre du film : LE CAMION (1977).
Au tout début c'est d'abord un beau camion bleu et sa semi-remorque, un Saviem (sous-marque de Renault) garé sur la place d'un village. On le retrouve, toujours à l'arrêt, dans une zone péri-urbaine. Il se met à rouler, on note qu'il est immatriculé 1004 W 92. Il fait le tour d'un rond-point et prend la route. Se fait alors entendre la voix de MD : « Ç'aurait été une route, au bord de la mer. Elle aurait traversé un grand plateau, nu. Et puis un camion serait arrivé, et il serait passé lentement, à travers le paysage. Il y a un ciel blanc d'hiver, une brume aussi, très légère, répandue partout, sur les terres, sur la terre. » À la place de chaque virgule, imaginez un temps, une pause. Lorsque la voix se tait s'élève la musique, du piano, une des « Variations Diabelli » de Beethoven. Puis on arrive au centre du dispositif du film : la nuit, dans une pièce chichement éclairée, une femme et un homme sont assis à une table. La femme, MD, raconte à l'homme, GD (Gérard Depardieu) ce qui pourrait être le scénario d'un film, l'histoire d'une femme qui fait du stop et qui monte dans un camion. Et la femme parle au chauffeur qui ne l'écoute pas. Pas une seule fois on ne voit la femme dans le camion. On voit seulement des images du camion qui roule à travers divers paysages. Et on entend des voix off qui indiquent que la femme parle au camionneur. À propos des thèmes abordés dans LE CAMION, à bord du camion, Marguerite Duras dit, dans un entretien avec Michelle Porte (réalisatrice, en plus de documentaires sur l'écrivaine, d'un film de fiction adapté du roman éponyme de Duras : L'APRÈS-MIDI DE MONSIEUR ANDESMAS (2004), avec un magnifique Michel Bouquet) : « Je peux passer de la politique à la Beauce, de la Beauce au voyage de la dame, de la dame aux marchandises transportées, à la solitude, à l’écriture, aux maisons qu’elle a habitées. »
Marguerite Duras est évidemment connue avant tout comme écrivaine de romans, de pièce de théâtre, d'essais... mais le cinéma tient une place importante dans son oeuvre puisque, après avoir été d'abord scénariste (HIROSHIMA MON AMOUR (1959) d'Alain Resnais, MODERATO CANTABILE (1960) de Peter Brook, UNE AUSSI LONGUE ABSENCE (1961) d'Henri Colpi puis quelques autres...), elle a elle-même réalisé 13 longs métrages entre 1962 et 1984, de LA MUSICA à LES ENFANTS. Si plusieurs de ses films sont adaptés de ses romans ou pièces de théâtre, il y aura une adaptation en sens inverse : NATHALIE GRANGER (1972) fut d'abord film avant d'être texte littéraire.
Signalons qu'une nouvelle adaptation filmée d'un texte de Duras devait sortir dans les salles en début d'année 2021 si l'existence du cinéma n'avait pas été interrompue suite à des circonstances indépendantes de notre volonté : SUZANNA ANDLER, réalisé par Benoît Jacquot, avec Charlotte Gainsbourg et Niels Schneider. Prochainement sur les écrans ?


Aujourd'hui : chercheurs dans la Monument Valley.






Mercredi 7 avril


Hier, fin N° 91. Les trente dernières secondes d'un travelling avant nocturne de presque cinq minutes, filmé sans doute à bord d'une voiture sur une autoroute péri-urbaine en direction de Los Angeles. La voix off fragile, un peu éraillée, c'est celle de la réalisatrice, qui lit ce qui pourrait être le témoignage de la logeuse d'une immigrée mexicaine disparue du jour au lendemain. La réalisatrice, c'est Chantal Akerman, le film, c'est DE L'AUTRE CÔTÉ (2002). Un documentaire tourné entre le Mexique et l'Arizona, le long de la frontière de palissades et de barbelés qui protège les Etats-Unis des envahisseurs – ce n'est pas un mot en l'air : à un moment du film, on voit un panneau noir planté au milieu de nulle part, sur lequel un fier Arizonien de souche a écrit à la peinture blanche : « Stop à la vague du crime ! Nos propriétés et notre environnement sont en train d'être souillés par les envahisseurs. » Pendant des années, les Mexicains en quête d'un avenir moins désespérant sont passés par San Diego pour gagner les Etats-Unis. Mais dans le but de ralentir au maximum le flux des clandestins, le Service d'immigration américain a décidé de leur couper cette route « trop facile » et de les obliger à traverser les régions désertiques et montagneuses de l'Arizona. Les autorités pensaient que les conditions terribles du périple – la durée du trajet, les difficultés des voies de passage, la chaleur, le froid – les dissuaderaient de tenter l'aventure... Chantal Akerman et sa toute petite équipe sont allés à la rencontre de quelques uns de ceux, innombrables, qui ont essayé malgré tout, au péril de leur vie, bravant la traque incessante de la police des frontières, de passer de l'autre côté... DE L'AUTRE CÔTÉ est le dernier volet d'une trilogie documentaire commencée en 1993 avec D'EST, qui montrait le voyage de la réalisatrice en Europe de l'Est, et poursuivie avec SUD (1998), revenant sur l'histoire d'un jeune Noir lynché par trois Blancs dans le Sud des Etats-Unis.


Laissons la parole à Chantal Akerman : « A l’origine, le projet n’était pas lié à l’idée de frontière mais à un mot. J’avais lu un article sur les ranchers américains, qui chassent les clandestins avec des magnums et des lunettes de visée nocturne. Ils disaient que les Mexicains amenaient de la saleté. C’était le mot « dirt ». Tout de suite, j’ai pensé « dirty Jews », sale Juif, sale Arabe… Ensuite, je suis partie en repérage et j’ai découvert cette ville-frontière, Aguaprieta, qui, comme lieu de cinéma, me parlait vraiment. Finalement, dans le film, il reste très peu de choses sur les ranchers. J’en suis venu à me dire que la frontière était beaucoup plus importante que cette histoire atroce... » « Lorsque je fais des films comme D’EST, SUD et DE L'AUTRE CÔTÉ, j’essaie d’être très à l’écoute mais aussi assez vide, sans a priori, surtout pas au-dessus du film, de la situation. Je ne sais pas ce que je veux dire. Ce qui pose d’ailleurs des problèmes en amont, lorsque j’écris des textes pour obtenir de l’argent. Mais je ne veux pas être un oiseau qui pose ses serres sur le sujet, si sujet il y a. C’est davantage une pulsion dans une direction qui, au fond, à toujours à voir avec la même chose. D’EST rappelait certaines images de la guerre. Dans SUD, il y avait l’autre, celui qui se fait lyncher. DE L'AUTRE CÔTÉ est à nouveau sur l’autre, que l’on croit « sale ». S’il y a eu les camps, c’est quand même pour exterminer la vermine qui risquait de salir le peuple allemand. »


Si vous voulez écouter Chantal Akerman parler de son film en 2002, un lien vers l'émission de France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/extrait-premiere-edition-chantal-akerman-pour-de-lautre-cote
Et si voulez voir DE L'AUTRE CÔTÉ en entier, un lien vers le site d'Arte :
https://www.arte.tv/fr/videos/025419-000-A/de-l-autre-cote/


Aujourd'hui : un poids-lourd dans les Yvelines.






Mardi 6 avril


Hier, fin N° 90. Le garçon au dessous, c'est Jude Law. La fille au dessus, on la reconnaît avant tout à sa voix qui chante « The Story » : Norah Jones (fille de Ravi Shankar, qu'il me semble avoir brièvement cité dans une précédente notule) est bien plus chanteuse que comédienne. C'est d'ailleurs ici son seul film important : MY BLUEBERRY NIGHTS (2007) de Wong Kar Wai. Ce n'est pas la première fois que le cinéaste hongkongais quittait son territoire puisque HAPPY TOGETHER (1997 et quiz N° 5) avait été filmé en grande partie à Buenos Aires. Mais là il tournait intégralement en anglais, avec des acteurs anglo-saxons, troquant pour ainsi dire son Tony Leung fétiche pour Jude Law. On imaginait à l'époque que ce n'était que le début d'une grande aventure américaine pour Wong Kar-Wai, on lui prêtait même le projet d'un remake de LA DAME DE SHANGHAI (1947) d'Orson Welles, avec Nicole Kidman dans le rôle immortalisé par Rita Hayworth. Il n'en a rien été, Wong est rentré à Hong Kong et il a retrouvé Tony Leung pour son très beau THE GRANDMASTER en 2013. Les myrtilles du titre sont celles qui garnissent les tartes consolatrices que vient régulièrement déguster Elizabeth (Norah Jones) dans un bar new yorkais tenu par un affable serveur (Jude Law) à qui elle confie l'histoire de sa douloureuse rupture amoureuse. Ces longs moments partagés rapprochent ces deux solitaires, mais Elizabeth décide de reprendre sa vie à zéro, et part pour un long périple de près d'un an à travers les États Unis, pendant lequel elle travaillera à son tour comme serveuse, croisant de Memphis à Las Vegas des âmes aussi esseulées qu'elle, entre autres un flic alcoolique (impressionnant David Strathairn) bouleversé par le départ de sa femme, ou une joueuse invétérée (Natalie Portman) avec qui elle va tracer un bout de chemin... Wong Kar-wai fait de MY BLUEBERRY NIGHTS un faux road-movie, il filme une Amérique fantasmée, essentiellement à travers les ambiances des coffee-shops, des bars, y appose sa marque, joue sur les couleurs, les accélérations, les flous, et plus qu'un cheminement nous offre une nouvelle chorégraphie filmée avec moult figures de style: décadrages, ralentis, narration en voix off, musique d'IN THE MODD FOR LOVE reprise à l'harmonica... La musique originale du film a été composée par Ry Cooder, elle est moins inoubliable que celle qu'il avait créée pour PARIS, TEXAS (1984) de Wim Wenders. Curieusement, plus que la voix de Norah Jones, c'est celle d'une autre chanteuse qui hante le film : Cat Power et son magnifique « The Greatest » qu'on entend à plusieurs reprises. Il paraît même que Wong Kar-Wai la diffusait régulièrement sur le plateau pour mettre l'équipe, acteurs et techniciens, dans l'ambiance. Chan Marshall (c'est le vrai nom de la musicienne) joue même le petit rôle d'une ex-petite amie de Jude Law. Si vous ne connaissez pas Cat Power et « The Greatest », une petite vidéo : https://youtu.be/0KtrQ5nWl7w


L’extrait du jour : entre le Mexique et l’Arizona.






Lundi 5 avril


Hier, fin N° 89. Sous la pluie qui tombe dru, la divine Audrey Hepburn et le banalement mortel George Peppard. On ne peut pas s'empêcher de penser qu'il n'est pas assez bien pour elle. Gregory Peck dans VACANCES ROMAINES, OK. Humphrey Bogart dans SABRINA, pas de problème. Cary Grant dans CHARADE, super. Albert Finney dans VOYAGE À DEUX, ça le fait. Sean Connery dans LA ROSE ET LA FLÈCHE, c'est une évidence... mais George Peppard ! Acteur assez fade qui n'a marqué les esprits que dans un seul autre film, CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE (1960) de Vincente Minnelli et qui a assuré ses vieux jours grâce à la série télé des années 1980 AGENCE TOUS RISQUES... Cela dit, il est plutôt bien dans le film, «  Il a cette beauté molle qui sied à son rôle de séducteur veule », comme écrivait Edouard Waintrop (désormais délégué général du Fifib) dans Libération. En fait on voudrait être à la place du chat, c'est lui surtout qu'Audrey est heureuse de retrouver. Nous sommes donc dans les dernières secondes de BREAKFAST AT TIFFANY'S (1961) de Blake Edwards, trivialement titré en français DIAMANTS SUR CANAPÉ.
Tiré d'un court roman de Truman Capote (pas encore star de la littérature, c'était avant « De sang froid » publié en 1965), le scénario raconte les tribulations tout à fait amorales d'une petite prostituée qui a fui sa campagne natale pour s'installer à New York et tenter d'y plumer le maximum d'hommes riches en leur cédant le minimum d'elle-même. Elle rencontre un écrivain en panne d'inspiration qui fait le gigolo pour subsister et qui va tomber éperdument amoureux d'elle... De ce sujet pas spécialement reluisant est pourtant né un film qui est le summum du charme et du glamour.
La mise en route du projet a été chaotique et sans cesse contrariée, en premier lieu par l'opposition constante de Truman Capote, peu satisfait de l'adaptation qui selon lui édulcorait son roman et en désaccord total avec le choix de l'actrice principale, lui qui ne voyait que Marilyn Monroe pour incarner son héroïne. Mais Marylin préféra s'engager sur THE MISFITS de John Huston. Ça se défend... La production contacta ensuite Kim Novak, puis Shirley MacLaine – qui déclinèrent poliment – avant de penser enfin à Audrey Hepburn, déjà vedette incontestée, qui eut l'audace d'accepter aussitôt ce rôle de prostituée qui ne dit pas son nom, en franche rupture avec l'image d'innocence diaphane renvoyée par ses précédents succès. Et c'est elle, sur les conseils de son agent, qui demanda à la Paramount de remplacer le metteur en scène prévu, John Frankenheimer, par le débutant Blake Edwards, réalisateur au cours de ses cinq premières années de carrière de trois comédies avec Tony Curtis, dont une seule un peu remarquée : OPÉRATION JUPONS (1959), également interprétée par Cary Grant.
Et voilà, rien de cette course d'obstacles n'apparaît à l'écran, tout n'y est que fluidité, élégance et décontraction.
Puisqu'il est question d'élégance et de glamour, impossible de ne pas signaler que Miss Hepburn est habillée dans le film par Hubert Givenchy, rencontré à l'occasion de SABRINA (1954) de Billy Wilder et qui deviendra d'une part son ami et d'autre part son costumier pour tous ses films contemporains importants. Elle ne lui fera qu'une seule infidélité, mais de taille : dans VOYAGE À DEUX (1966) de Stanley Donen, elle porte, entre autres tenues, des créations signées... Paco Rabanne.


Aujourd'hui : rêve américain déçu.






Dimanche 4 avril


Hier, fin N° 88. Emmanuelle Devos en majesté. Qui regarde avec son fils un semblant d'arbre généalogique de leur famille tuyau de poêle. C'est ROIS ET REINE (2004) d'Arnaud Desplechin. Les histoires croisées et foisonnantes en rebondissements et chemins de traverse de Nora (Devos), en principe sur le point d'épouser un homme de pouvoir mais surtout en prise avec les malheurs qu'elle a vécus, ses mariages ratés, l'agonie de son père, et d'Ismaël (Amalric), son ancien compagnon, musicien imprévisible et passablement irresponsable, interné plus ou moins par erreur dans un hôpital psychiatrique. Leurs destins se rejoignent une nouvelle fois lorsque Nora propose à Ismaël d'adopter son fils Elias.
C'est le film qui a délivré Arnaud Desplechin de son étiquette de réalisateur intello et branché, nombriliste et germanopratin. Étiquette injustement collée suite finalement à un seul film : COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... (1996), longue chronique (trois heures) des amours d'un universitaire parisien velléitaire et bavard. Ses autres films précédents, LA SENTINELLE (1992), ESTHER KAHN (2000) et LÉO EN JOUANT « DANS LA COMPAGNIE DES HOMMES » (2003) étaient certes exigeants et complexes mais nullement parisiens ni autocentrés. Toujours est-il que ROIS ET REINE, avec ses variations vertigineuses et finalement bouleversantes sur l'amour, l'engagement, la filiation (naturelle, choisie, inventée) et le deuil (d'un être cher, d'une histoire, d'une époque de sa vie), lui a ouvert l'esprit et le cœur d'un public beaucoup plus large et l'a imposé définitivement comme un cinéaste majeur.
Dans l'oeuvre désormais riche de dix longs métrages de Desplechin, ROIS ET REINE pourrait s'inscrire dans une ligne qu'on appellerait Paris-Roubaix (sa ville d'origine), pas à proprement parler autobiographique mais nourrie de son histoire personnelle et familiale et des relations qui l'ont construit. Une ligne qui, en plus de COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... déjà cité, compterait également UN CONTE DE NOËL (2008) et TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE (2014). ROUBAIX, UNE LUMIÈRE (2019) est évidemment ancré lui aussi dans sa ville natale mais dans un tout autre registre.
Mais cette tentative de classification fait long feu quand on songe à ce que peut avoir de personnel un film comme LES FANTÔMES D'ISMAËL (2017), dans lequel le « héros », cinéaste de son état et interprété par Amalric, l'alter plus ou moins ego de Desplechin, se nomme Ismaël Vuillard, tout comme dans ROIS ET REINES. Et Vuillard est également son patronyme dans UN CONTE DE NOËL mais avec le prénom d'Henri. Cette histoire de noms, c'est décidément tout un roman ! Ainsi le même Amalric se nomme Paul Dédalus (quel programme !) dans COMMENT JE ME SUIS DISPUTÉ... et dans TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE. Et on remarquera pour finir que dans ROIS ET REINE, Ismaël suit une thérapie au long cours avec une psychanalyste, la Docteur Devereux ; or Georges Devereux, l'un des fondateurs de l'ethnopsychiatrie, deviendra, sous les traits de l'incontournable Amalric, le protagoniste principal de JIMMY P. (2013), aux côtés de l'Indien des plaines incarné par Benicio Del Toro. Pas de doute, Arnaud Desplechin a de la suite dans les idées !


Aujourd'hui : moon river...






Samedi 3 avril


Hier, fin N° 87. Quelle force, quelle émotion, quelle empathie dans ces trente dernières secondes avec le merveilleux Peter Falk et la géniale, la sublime, la renversante Gena Rowlands ! C'est bien sûr UNE FEMME SOUS INFLUENCE (1974) de John Cassavetes. La chronique d'un couple – qui appartient à la classe populaire, rarement mise en scène dans le cinéma américain – en rupture d'équilibre et surtout le portrait d'une femme « sous l'influence de son entourage, de la société, de son mari, de sa famille, de la maternité. Une femme déchirée entre plusieurs pouvoirs, entre plusieurs rôles » explique le réalisateur. Cette femme, Mabel, est déchirante de fragilité, elle essaie de faire face, de faire au mieux, de faire plaisir à tout le monde mais elle se heurte à trop d'obstacles, d'incompréhensions, de rebuffades. Elle voudrait partager, s'expliquer mais les mots lui manquent. Alors, faute de pouvoir communiquer, Mabel se fêle, se craquelle, se brise en mille morceaux... Le film est d'une honnêteté, d'une intelligence, d'une sensibilité bouleversantes, ce sont des torrents d'amour (pour reprendre le titre français du dernier chef d'oeuvre du cinéaste) qui nous submergent...
John Cassavetes a très clairement écrit UNE FEMME SOUS INFLUENCE pour Gena Rowlands, son épouse depuis 1954, qu'il n'a commencé à faire tourner que dans son quatrième long métrage, FACES (1968) mais qui sera à partir de là au centre de tous ses films, à l'exception de deux : HUSBANDS (1971), une pure affaire de mecs avec Cassavetes lui-même, Peter Falk et Ben Gazzara, et BIG TROUBLE (1986), le dernier film, on peut même dire le film de trop, pris en court de route en remplacement de l'anonyme Andrew Bergman, à la demande pressante de Peter Falk, vedette de cette comédie ratée. UNE FEMME SOUS INFLUENCE est considéré par les historiens du cinéma comme le premier volet, suivi de OPENING NIGHT (réalisé en 1977 mais sorti en France en 1992 seulement) et de LOVE STREAMS (1984) d'une trilogie bâtie sur Gena Rowlands, une trilogie dite « de l'hystérie » par les mêmes historiens mais le terme est malheureux et on préfèrera trilogie de la fragilité fracassée.
Tourné à l'arrache au long des années 1971 et 1972, financé à la va comme je te pousse (le couple Cassavetes a même dû hypothéquer sa maison), UNE FEMME SOUS INFLUENCE restera encore deux ans sur les étagères avant de sortir enfin aux Etats-Unis en 1974 (en 1976 en France). La critique saluera unanimement la performance de Gena Rowlands, le public sera au rendez-vous et le film restera le plus gros succès de Cassavetes réalisateur jusqu'au triomphe de GLORIA en 1980.
Je précise Cassavetes réalisateur car l'acteur John Cassavetes a joué dans pas mal de films à succès, LES DOUZE SALOPARDS (1967) de Robert Aldrich et ROSEMARY'S BABY (1968) de Roman Polanski par exemple.


Aujourd'hui : une réflexion sur le deuil et la filiation.






Vendredi 2 avril


Hier, fin N° 86. Lien direct avec SAVING GRACE, le film de la veille, en la personne de l'actrice Brenda Blethyn, qu'on voit ici apporter le thé et s'asseoir sur la chaise longue. C'est SECRETS ET MENSONGES (1996) de Mike Leigh, qu'on citait justement comme film de référence dans la carrière de Brenda Blethyn, qui obtint pour ce rôle le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1996, tandis que le film et Mike Leigh remportaient la Palme d'or. C'est dire qu'on est à un autre niveau que celui de SAVING GRACE !
Histoire de famille qui suit les retrouvailles entre une jeune femme noire de la moyenne bourgeoisie et sa mère biologique blanche et prolétaire qui l'a abandonnée à la naissance (ignorant tout de sa couleur de peau), avec tous les chambardements collatéraux, SECRETS ET MENSONGES confirmait, après NAKED, réalisé en 1993 et déjà récompensé à Cannes, l'avènement de Mike Leigh parmi les chefs de file du cinéma britannique, aux côtés de Ken Loach et Stephen Frears.
Un rang conforté au fil des années par plusieurs de ses films suivants : ALL OR NOTHING (2002), VERA DRAKE (2004), Lion d'or à la Mostra de Venise, BE HAPPY (2008), ANOTHER YEAR (2010) et enfin Mr. TURNER (2014) pour lequel Timothy Spall – un de ses acteurs fétiches, présent dans SECRETS ET MENSONGES – remporta à son tour le Prix d'Interprétation à Cannes. Et là, bizarrement, le trou d'air. Malgré la reconnaissance internationale et le solide succès de son évocation du grand « peintre de la lumière », sa dernière réalisation en date, PETERLOO (2018), n'a pas été distribuée en France. Et pourtant, de l'avis des spécialistes – tout particulièrement de Jean-François Baillon, universitaire bordelais, spectateur assidu d'Utopia et connaisseur hors pair du cinéma britannique –, c'est un film passionnant qui relate les circonstances et le déroulement du massacre perpétré par une milice locale et les forces régulières anglaises lors d'un rassemblement pour la démocratie et la justice sociale organisé sur le St Peter's Field à Manchester le 16 août 1819. 60 000 manifestants étaient présents, issus des classes populaires, en particulier des ouvriers du coton. La répression a été sauvage, menée à cheval et sabre au claire. Bilan : 18 morts et des centaines de blessés. Le massacre de Peterloo reste comme un événement capital de l'histoire politique anglaise, le symbole d'une juste cause qu'un pouvoir inique a voulu en vain écraser dans le sang. Est-il trop tard pour espérer une sortie du film en France ?


Aujourd'hui : femme au bord de la crise de nerfs...






Jeudi 1er avril


Hier, fin N° 85. Une comédie anglais bien roulée, c'était le slogan sur l'affiche du film. Bien roulée certes, mais dans quel sens ? Il faut prendre ici rouler dans le sens de rouler un oinj, un tarpé, un splif, un stick... C'est SAVING GRACE (2000) de Nigel Cole. L'histoire tout à fait improbable mais d'un optimisme volontariste de Grace, cinquantenaire coulant des jours paisibles dans son petit cottage de Cornouailles sur la tête de laquelle le ciel va tomber. Son mari meurt sans prévenir, c'est déjà dur à encaisser, mais en plus elle apprend qu'il a dilapidé l'argent du ménage dans diverses spéculations boursières foireuses. Croulant sous les dettes, au bord de la saisie, elle va trouver le salut dans son talent, reconnu par tout le village, de jardinière. Grace a la main verte, elle fait pousser les plus belles orchidées de la contrée et, sur les conseils judicieux de son ami Matthews, qui ne fume pas que du tabac anglais, elle va se lancer dans la culture moins distinguée mais beaucoup plus lucrative du cannabis...
SAVING GRACE s'inscrit dans la foulée des comédies anglaises sympa et chaleureuses qui ont réchauffé nos années 90 mais reste bien inférieur aux grandes réussites du genre : LES VIRTUOSES (1996) ou THE FULL MONTY (1997) pour ne citer que les titres les plus marquants. Nous ne l'avons d'ailleurs pas programmé à l'époque. Pas plus que la comédie suivante de Nigel Cole, dans la même veine, CALENDAR GIRLS (2002). Par contre nous avons beaucoup aimé WE WANT SEX EQUALITY (2011), épatante fable sur la lutte pour l'égalité des travailleuses d'une énorme usine Ford à Dagenham en 1968 qui a fait la première page de notre gazette N° 118.
La Grace du film est interprétée par Brenda Blethyn, comédienne de théâtre émérite découverte au cinéma dans SECRETS ET MENSONGES (1996) de Mike Leigh. Ses films suivant ont été moins remarquables, mis à part le beau LONDON RIVER (2009) de Rachid Bouchareb, dans lequel elle formait un duo très attachant avec le grand Sotigui Kouyate. Elle a depuis acquis une grande notoriété grâce à la série plus british et plan-plan que nature LES ENQUÊTES DE VERA, diffusée chez nous sur France 3, qui va entamer sa onzième saison.
Puisqu'on cause de séries, il en existe une qui porte le même titre que le film, SAVING GRACE, mais qui n'a rien à voir : c'est une série américaine policière inconnue à notre bataillon, diffusée de 2007 à 2010, créée par avec Holly Hunter en fliquette plus que border line qui va être secourue par... un ange.
Par contre on peut en citer une autre, américaine elle aussi, qui part d'une situation assez similaire à notre film du jour : WEEDS, créée par Jenji Kohan, avec Mary-Louise Parker en mère de famille qui se lance dans le trafic de cannabis pour faire vivre sa petite famille suite à la mort de son mari d'une crise cardiaque. 8 saisons entre 2005 et 2012... et après une relâche de 9 ans, un retour serait en projet, même si tout le monde ou presque s'accorde pour dire que 8 saisons, c'était déjà trop.


Aujourd'hui : une histoire simple et palmée.






Mercredi 31 mars


Hier, fin N° 84. J'espère que vous aurez eu le temps de noter la fabuleuse recette de moussaka que nous donne avec gourmandise la pétulante journaliste télé en direct d'Athènes et en souriant de toutes ses nombreuses dents. Pour un nanar, c'est un sacré nanar ! L'ATTAQUE DE LA MOUSSAKA GÉANTE (1999) de Panos Koutras, hommage déconnant à la série Z des années 50, devenu une œuvre clé du « camp » (culture gay de l'exagération et du pastiche), qui exhibe son mauvais goût en toute bonne conscience et multiplie les clins d'œil à John Waters.
Un beau matin, à quelques encablures d’Athènes, une soucoupe volante dépose l’esprit d’une extraterrestre… dans une part de moussaka abandonnée. L’expérience tournant au fiasco, l’esprit de l’alien y reste prisonnier… Ce qui ne lui réussit pas du tout puisque cette spécialité hellène – dont les seuls effets secondaires répertoriés relèvent de la bonne vieille indigestion – opère très vite une mutation prompte à faire pâlir n’importe quel ingénieur agronome de Monsanto. La moussaka devenue cyclopéenne se dirige alors vers la capitale. Dégoulinante d’aubergine, de crème et de viande hachée (dont nous ne connaîtrons pas la provenance mais qui se révélera d’un effet redoutable), elle liquide tous les humains qui se trouve à sa portée. Au milieu de ce cataclysme, nos héros, des astrophysiciens gays en blouse rose, des travestis obèses et une journaliste télé sans scrupule vont entreprendre de mettre hors d'état de nuire cette créature contre-nature…
Cette pochade sans conséquence est le premier film de Panos Koutras qui a continué par la suite à s'intéresser aux thématiques LGBT+ mais avec une approche beaucoup plus sérieuse et sensible, dans deux films que nous avons aimés et programmés : STRELLA (2009) et XENIA (2014).
Parmi les prédécesseurs de LA MOUSSAKA GÉANTE, on a repéré un VEGAS IN SPACE (1991) de Richard R. Ford, produit par la Troma Entertainment, spécialisée dans les nanars trash. L'épopée d'un vaisseau spatial envoyé en mission sur la planète Clitoris, exclusivement féminine et interdite aux hommes : les membres de l'équipage devront avaler une pilule de changement de genre... Cette œuvre sans doute impérissable n'est jamais sortie dans les salles françaises mais a été projetée dans des festivals LGBT+. Et on peut accessoirement considérer que la grosse production consensuelle et quasi-familiale LES MAITRES DE L'UNIVERS (1987) de Gary Goddard est assez clairement crypto-gay, ne serait-ce que dans le look hyper-sexy du Musclor au corps huilé incarné par le sculptural Dolph Lundgren et dans ses relations plus que troubles avec Skeletor, l'ennemi qui l'aimante...


Aujourd'hui : une comédie anglaise bien roulée.







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