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TROIS JOURS ET UNE VIE

Nicolas BOUKHRIEF - France 2019 2h - avec Sandrine Bonnaire, Charles Berling, Pablo Pauly, Philippe Torreton, Jeremy Senez... Scénario de Perrine Margaine et Pierre Lemaître, d'après son roman.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

TROIS JOURS ET UNE VIETout débute fin décembre 1999. Le récit est précisément situé et ce n'est pas pour rien, on ne vous dit que ça, votre mémoire fera le reste… Tout débute et se conclura à Olloy, un petit village des Ardennes belges, à l’orée d’une forêt goulue et oppressante comme les raisons d'un mensonge. Ici on tourne vite en rond, impossible de ne pas connaître ses voisins, ni d’échapper aux querelles de clocher. Dans cette bourgade tranquille, tout se sait, tout se commente. Tant et si bien qu’il est inutile de surveiller de trop près ses enfants. Du moins le croit-on.

Au milieu des fenêtres qui passent leur temps à s’épier mutuellement, entre les murs qui ont des oreilles, Antoine grandit maladroitement. Préadolescence guère évidente, entre un père absent et une mère un peu rêche, aimante et débordée (Sandrine Bonaire, plus vraie que nature). Alors, à ses heures perdues, notre jouvenceau va frapper à la porte du Docteur Dieulafoy, figure paternelle dans les pas de laquelle il met ses pas, dévorant les bouquins qu'il lui prête et qui feront plus tard de lui un médecin, il l’espère. Bien sûr il y a aussi le petit voisin, Rémi, candide et envahissant comme on peut l’être à huit ans, qui ne lâche pas d’une semelle ce « grand » étonnamment patient avec lui. Mais dans le fond Antoine ère comme un cowboy solitaire, incompris, sans vrai complice de son âge. Et il le serait plus encore s’il n’y avait Ulysse, un bon chien fidèle, un véritable ami qui le réconforte à coup de léchouilles inconditionnelles. Parfois ça suffit pour que le moral émerge des chaussettes. Mais cette fois, il faudra plus que ça.
Quand on a douze ans, la moindre déconvenue semble parfois une montagne insurmontable. Et ce jour-là, il y en aura plus d’une, comme si les ailes sombres de la mauvaise augure s’étaient mises à planer au dessus de sa tête. Dès la sortie du collège, l’ambiance se fait plus pesante que d’habitude. C’est d’abord la petite copine qu’Antoine adule secrètement qu’il surprend à bécoter un gars plus âgé, mieux bâti, propriétaire d'un scooter… Amour propre blessé, larmes ravalées se transforment aussitôt en sourde colère mauvaise conseillère. À compter de cet instant, le destin va refermer sa nasse, la loi des séries noires s’abattra inexorablement. Ulysse aura un accident. Monsieur Desmedt, le père de Rémi, aura un geste malheureux. Rémi disparaitra… Une disparition inexpliquée, de celles qui défraient la chronique et mettent en émoi une population. Seules les langues des commères y trouveront leur compte. Une part d’insouciance s’évanouira définitivement pour tous et plus particulièrement pour le jeune Antoine que Rémi suivait à la trace, mais curieusement, pas ce jour-là, comme il en témoignera. Comment ne pas croire un enfant quand il vous regarde les yeux dans les yeux, avec tant d’innocence ?

Nous ferons partie des rares à connaître la véritable version de l’histoire qui ne s’articule pas autour de la recherche d’un coupable, mais plutôt de ce qu’il fait de sa culpabilité, qui préfère sonder l’âme humaine plutôt que ses actes. Nous sommes dans un film noir qui ne renie pas sa filiation avec Simenon, Duvivier, Chabrol. Chaque rôle, fut-il secondaire y a son importance. Pour Antoine, ces trois jours dans lesquels s’ancrent le début de l’intrigue ne sont que le début d’une saga intérieure qui durera une vie, comme on le verra des années plus tard. En attendant le père de Rémi (excellent Charles Berling) s’enlise dans son incapacité à parler tandis que la police sonde rivière et bois à la recherche du garçonnet disparu, et qu’Antoine (impressionnant Jeremy Senez, un Swann Arlaud en miniature) se tord les doigts… On en frémit pour lui.