LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance de midi : 4,50€
Moins de 14 ans : 4,50€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

SOUTENIR LA CULTURE AU LIBAN
Les bibliothèques publiques de Beyrouth jouent un rôle important dans la diffusion gratuite de la culture et de l’Art auprès de tous les publics, sans aucune distinction de sexe, d’origine ou de croyance. Ce sont des lieux de laïcité, d’égalité et de tolérance. Leur place est primordiale dans l...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

CLARA SOLA

Nathalie ALVAREZ MESEN - Costa Rica 2021 1h46VOSTF - avec Wendy Chinchilla Araya, Daniel Castañeda Rincón, Ana Julia Porras Espinoza... Scénario de Nathalie Alvarez Mesen et Maria Camila Arias. Découvert à Bordeaux au Fifib 2021.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

CLARA SOLALe cœur est parfois sauvage. Celui de la forêt qui grouille, magique. Celui de Clara, alanguie, mue par de secrètes pulsions animales qui se font et se défont au gré des ruissellements de la nature, du bruissement des ailes de coléoptères, des infimes piétinements des insectes ou du grondement sourd qui monte de la terre. Ce qui impressionne d’entrée, c’est la singularité mystérieuse de l’univers banal de notre héroïne, tellement charnel et organique, chargé de choses invisibles au commun des mortels, à elle seule accessibles. Entre Clara et nous, entre Clara et le reste de l’humanité, existe un plafond de verre imperceptible, dont on ne sait lesquels sont les plus prisonniers. Bien sûr, le microcosme de notre quarantenaire semble enserré derrière des barrières symboliques infranchissables, curieusement matérialisées par de vulgaires chiffons mauves. Mais qui pourrait pénétrer dans cette conscience secrète et enchanteresse dont elle seule possède la clef ? Qui pourrait s’immiscer dans l’étrange dialogue souvent silencieux qui la relie au vivant ? Dans cette complicité d’âmes sœurs qui la relie à Luka, la jument de la famille d’un blanc immaculé, ou au petit scarabée qui se plie à ses moindres désirs, même à celui de ressusciter ?



Il y a là une matrice profonde et primitive, une force féminine indomptable venue du fond des âges, que ne cesse de vouloir asservir, réduire et exploiter une mère autoritaire au port sans âge, qui protège jalousement Clara sous son toit, à l’instar de son autre petite fille orpheline dont le corps adolescent ne demande qu’à exulter. C’est un presque huis-clos de femmes, et pourtant celles-ci ne semblent pas avoir leur mot à dire, corsetées par le poids des traditions, des croyances aux relents de vieux préceptes patriarcaux et de puritanisme castrateur. Sempiternellement l’aïeule ferme la porte à toute pensée d’émancipation, quand bien même la santé de la maisonnée serait en jeu. Peut-être suffirait-il d’un presque rien pour que se redresse le dos de Clara, déformé par une affreuse scoliose… Car si l’action se déroule au fin fond du Costa Rica, en bordure d’un minuscule village appauvri, la médecine moderne n’est pas loin qui pourrait délivrer les corps de quelques souffrances. Mais si telle a été la volonté du Seigneur…

Et si c’était le passage obligé pour que des miracles s’accomplissent, ceux que tous attribuent à Clara, laquelle incarne une sorte de Bernadette Soubirou locale, condamnée irrémédiablement à ne pas décevoir ses adorateurs ? À la fois vénérée et prisonnière d’une pureté auxquels tous semblent vouloir la réduire, elle se plie aux rituels imposés, aux séances de prières, infantilisée dans son corps de femme investi par des pulsions sensuelles toujours plus irrépressibles. Transparaît alors une sensualité torride, éveillée par les tele novelas, attisée par l’arrivée d’un bel hidalgo bienveillant. Attirance / répulsion mues par le charisme magnétique de celle qui est traitée comme une éternelle innocente.
Mais l’est-elle tant que ça ? Quand elle déclare : « C’est la Vierge Marie qui m’a dit de faire ça. », est-ce réalité ou affabulation ? À moins que ce ne soit un fin stratagème pour reprendre un peu de contrôle, jusqu’à une forme de libération purificatrice finale ?

C’est un premier film étonnant, empreint d’un réalisme magique dont les envoûtements perdureront durablement, laissant notre curiosité délicieusement inassouvie, nos sens troublés.