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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

VIF-ARGENT

Stéphane BATUT - France 2019 1h46mn - avec Timothée Robart, Judith Chemla, Djolof Mbengue, Saadia Bentaïeb, Jacques Nolot, Antoine Chappey... Scénario de Stéphane Batut, Christine Dory et Frédéric Videau. Prix Jean Vigo 2019.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

VIF-ARGENTC'est un premier film épatant de maturité et d'audace, une fable superbe d'une délicatesse dans la peinture des sentiments, d'une originalité dans leur représentation qui font souffler un grand vent vivifiant dans notre cinéma français trop sagement cartésien.
Des dédales de Belleville aux squatts abandonnés de la Petite Ceinture, dans un Paris qui n'est ni tout à fait le nôtre ni tout à fait un autre, erre un garçon discret ; baskets aux pieds, portant bermudas et sweat à capuche, il se fond dans la foule comme s'il n'existait pas. Mais que le Destin vous fasse croiser son chemin, et vos jours sont comptés. Non pas que Juste soit un mauvais garçon, non. Mais il est un peu mort, et ne sachant quoi faire de son éternité, il se voit embauché par la Grande Faucheuse comme agent psychopompe, chargé d'accueillir les décédés de fraîche date pour les accompagner dans l'Au-Delà. Travail routinier dont il s'acquitte avec application mais sans passion : il est mort trop jeune pour prendre la mesure de ce qu'il a raté, et les souvenirs qu'il recueille de la bouche des défunts sont pour lui autant de mystères exotiques, aussi indéchiffrables que la Mort elle-même.

Jusqu'au jour où l'impensable se produit : lui l'invisible, le mort-vivant, est abordé dans la rue par Agathe, une jeune fille toute de chair et d'os, qui croit reconnaître dans les traits de Juste ceux de Guillaume, un amoureux rencontré et perdu dix ans auparavant quelque part en Grèce. Et Juste, abasourdi par ce nouveau mystère, cette faille du système de l'infra-monde, se glisse dans la peau de Guillaume, fait un pied de nez au Destin dans l'espoir d'expérimenter sa première histoire d'amour tout en offrant à Agathe la possibilité de vivre enfin son rendez-vous manqué. Mais le Fatum n'aime guère que l'on se paye sa fiole, et la Camarde encore moins…
L'illusion de l'amour, est-ce encore de l'amour ? Qu'est-ce qui subsiste des êtres qu'on a chéri et perdu, fors le souvenir qu'on en garde ? Agathe aime t-elle vraiment Juste, ou est-elle à la poursuite d'une ombre, obsédée par la certitude d'être passée à coté de la chance de sa vie ? Et Juste, tout à sa joie des découvertes de l'amour, ne joue t-il pas un jeu dangereux en poussant Agathe dans son délire passionnel ? N'eut-il pas mieux valu qu'elle en fasse le deuil ? Tels semblent être quelques-uns des thèmes d'un récit sans cesse surprenant et pourtant toujours cohérent.

Puisant son inspiration aussi bien dans les mythes antiques (reprenant lointainement le conte d'Orphée et Eurydice et celui de Mercure, le dieu romain dont l'un des attributs était de conduire les trépassés dans le royaume des morts – mercure qui est aussi l'autre nom du vif-argent) que les classiques de l'âge d'or hollywoodien (The Ghost and Mrs Muir de Manckiewicz, Peter Ibbetson d'Henry Hattaway), Stéphane Batut tisse patiemment le canevas de son histoire d'amours impossibles et décrit, avec un romantisme jamais mièvre, la passion qui dévore et parfois engloutit, quand elle est méconduite, et malgré tout survit.
Son film est traversé de fulgurances poétiques d'une rare beauté, quand il peint un Paris fantasmatique, solaire et élégiaque le jour, zébré de couleurs irréelles la nuit, peuplé d'âmes errantes à la recherche de leur complétude, ou lorsqu'il projette littéralement sur l'écran les rêveries des morts, leur ultime souvenir, celui qu'ils vont habiter pour l'éternité.
Vif-argent est un film sensoriel qui ne se raconte pas, il s'éprouve, comme une caresse invisible, comme un souffle sur la nuque, comme un dernier crépuscule, un soir d'été, quand on est heureux, sans savoir pourquoi, d'avoir vécu et aimé.