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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 4)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 8/04 au mardi 14/04/2020  Mercredi 8 avril, jour 24 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 8 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de ...

ROCKS

Sarah GAVRON - GB 2019 1h33mn VOSTF - avec Bukky Bakray, Kosar Ali, D’angelou Osei Kissiedu, Shaneigha-Monik Greyson, Ruby Stokes... Scénario de Theresa Ikoko et Claire Wilson.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

ROCKSUn film aussi pêchu et lumineux que poignant, concentré d’énergie et d’humanité solidaire. Rocks nous parle d’une Angleterre merveilleusement bariolée, métissée et donne une voix, des voix, à « la moitié » féminine et invisible du monde. Et c’est d’autant plus vrai que le film est le fruit d’un travail collaboratif atypique (comme on l’explique plus bas) qui lui confère une authenticité enthousiasmante…
Olushola, en voilà un joli prénom qui parle de voyage, de contrées lointaines, alors que la jeune fille de 15 ans est une pure londonienne… Olushola que toute sa bande d’amies soudées et hautes en couleurs surnomment Rocks. Taillée comme elle est, toujours à faire la pitre, à coup de réparties irrésistibles, on ne peut songer une seconde que quoi que ce soit puisse l’ébranler. C’est sur ses solides épaules que son petit frère Emmanuel, 7 ans, vient se réconforter… et sur ces mêmes épaules que sa propre mère va s’appuyer, une fois de plus. Rocks s’y est habituée, assurant quand il faut assurer, jouant les mamans auprès de son frérot quand la véritable fait défaut. Elle sait que ça passera… Et avec un optimisme farouche, comme toujours, Rocks avance sans baisser les bras et sans rien dire à qui que ce soit… Emmanuel, malin et vif comme un singe, suit le mouvement. Quelle belle complicité entre ces deux-là ! Tout un temps nul ne se doutera des chamboulements qui se produisent dans la vie de la jeune fille. Seule la perspicace et attentive Soumaya, nouvelle arrivée dans le pays, ne sera pas dupe et essaiera d’extirper des confidences à Rocks : autant essayer de faire parler une pierre…

C’est un scénario tel qu’un adulte n’aurait pu l’imaginer seul. Il y aurait plaqué sa logique, sa rationalité, oubliant la part d’illusions de l’enfance, typique de cette période de la vie où l’on est déjà sortie du monde des petites sans être complètement dans celui raisonnable et formaté des grandes. Exercice difficile de parler d’une génération autre que la sienne, sans la surplomber ou la trahir, en ne projetant pas ses propres fantasmes ou nostalgies.
La réalisatrice et ses deux co-scénaristes ont construit le récit, son style, ses mots, avec les adolescentes du film, dont la plupart sont actrice pour la première fois. Elles ont été écoutées, valorisées, mises à l’aise par cette équipe très féminine (sublime chef opératrice française : Hélène Louvart). Durant les nombreux ateliers qui ont précédé l’écriture, les filles ont fourni le matériau, leurs anecdotes, pour bâtir ensemble le scénario. Le résultat est bluffant, parfaitement maîtrisé, le fruit d’une alchimie délicate pleine de fraîcheur et de profondeur. Cette bande de filles est vivifiante, les regards de ces adolescentes ne sont pas corrompus par celui dominant des adultes, les clichés. Elles se moquent bien de la couleur d’une peau, d’un accent, d’un voile, d’un milieu social. Elles adorent papoter de leurs différences, de leurs ressemblances, de leurs religions, goûter aux petits plats venus d’ailleurs, se plonger dans des cultures qui ne sont pas les leurs. Ici à East London, elles partagent les mêmes rires, l’envie de se trémousser, la même soif de liberté, la capacité de rêver. Elles sont encore ces « cœurs purs » de la chanson de Caussimon.

C’est charmeur, spirituel, emballant, et on se demande pourquoi on ne voit pas plus souvent à l’écran ces véritables melting-pots bouillonnants qui sont tellement plus représentatifs de notre époque que l’intelligentsia pâlichonne vieillissante qui accapare la parole. Un enseignant londonien constatait que sur les 30 jeunes de sa classe, 27 avaient des grands-parents qui n’étaient pas nés au Royaume-Uni. Pourquoi cela transparait-il si peu dans nos médias, à l’écran ? Mais les temps changent : on dirait qu’il y a comme une nouvelle vague spirituelle, joyeuse qui s’annonce et ça fait du bien !