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Quiz des "trente dernières secondes" du n°101 au n°117
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°101 au n°117   Samedi 17 avril Hier, fin N° 101. Juliette Binoche, 30 ans plus tard, et magnifique, dans un autre de ses plus beaux rôles. La musique, c’est le célébrissime Canon en ré majeur de Johann Pa...

Quiz des "trente dernières secondes" du n°51 au n°100
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°51 au N°100 //////////////////////////////////////// Vendredi 26 février  Hier, fin N° 51. Saisissante. Tout comme l’est la séquence d’ouverture du film, qui montre la jungle s’enflammer sous les bombes a...

Quiz des "trente dernière secondes" du n°1 au n°50
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°1 au n°50  Quiz cinéma : les 30 dernières secondesPour célébrer la fin de l’année écoulée et vous présenter nos meilleurs vœux pour 2021, l’équipe d’Utopia Bordeaux (sur un colossal travail d’archiviste d...

Le monde du silence
LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

LES OLYMPIADES

Jacques AUDIARD - France 2021 1h46mn - avec Lucie Zhang, Makita Samba, Noémie Merlant, Jehnny Beth... Scénario de Jacques Audiard, Léa Mysius et Céline Sciamma d’après trois nouvelles graphiques d’Adrian Tomine : Amber Sweet et Killing and dying (recueil Les Intrus, éd. Cornélius) et Hawaiian getaway (recueil Blonde platine, éd. Seuil). Musique de Rone.

Du 03/11/21 au 21/12/21

LES OLYMPIADESLes Olympiades, c’est un ensemble de tours impersonnelles poussé au mitant des années 70 en lieu et place de feu la gare des Gobelins et qui domine le 13e arrondissement de Paris : une représentation possible du paradoxe de la densification (on entasse les gens sur 35 étages, par paquets de 250 à 400 logements) et de l’isolement urbains. Au siècle dernier, Alain Souchon – la référence risque de ne pas dire grand chose aux spectateurs qui ont l’âge des héros du film – en avait fait une jolie chanson triste au titre programmatique et qui colle très bien au film, Ultra moderne solitude. Les tours de béton, un peu défraîchies, surplombent la vaste dalle triangulaire bordée par la rue de Tolbiac et l’avenue d’Ivry, ses commerces, ses simili-pagodes, au beau milieu du « Chinatown » de Paris. Ce petit périmètre, amoureusement filmé dans un superbe noir et blanc – très élégant, très sobre – semble être à Jacques Audiard ce que fut Manhattan pour Woody Allen. Dans ce décor unique, il déploie son petit théâtre, sensuel et cruel, drôle parfois, des jeux de l’amour, du désir et du hasard au xxie siècle.

Émilie, étudiante précaire et délurée à Sciences Po, en questionnement communautaire, tombe malencontreusement amoureuse de Camille, son colocataire dans l’appart qui appartient encore à sa grand-mère, immigrée chinoise. Camille, prof sous-payé, sous-employé, se propose de lâcher l’Éducation Nationale pour tâter du boulot de commercial en agence immobilière et rencontre Nora. Nora qui, à la suite d’une humiliation, vient d’envoyer au diable ses études de droit (à Tolbiac) et essaie de rentrer en contact avec Amber Sweet, une « cam-girl » qui lui ressemble étrangement. Ils sont jeunes, pas vilains, ils se cherchent, se trouvent, se touchent ; ils se défont, se jalousent, se consolent, se fuient et se retrouvent… Ils sont à l’image des Olympiades, ce « quartier de mélanges » : ils viennent d’horizons sociaux, culturels, ethniques très différents, et ce n’est jamais un sujet. De jeunes adultes qui sont non pas « déclassés » comme le cinéma français aime souvent à les raconter, mais « pas encore classés ». Qui cherchent leur place dans la société, qui peinent en parallèle à s’apprivoiser et ont un rapport désorienté à des sentiments (pesants, paralysants) qu’ils s’efforcent de déconnecter de leurs relations charnelles (légères, vives, amusées). Ils sont amis, pafois amants, souvent les deux… Et on les regarde avec un bonheur pimenté tour à tour d’un peu de joie ou de tristesse, évoluer à tâtons dans les méandres de leur marivaudage moderne.

Avec ce film solaire, à mi-chemin entre la comédie sentimentale (on rit souvent, et de bon cœur) et le mélodrame, Jacques Audiard fait prendre un nouveau virage, à 180° à son cinéma. Lui offre une cure de jouvence. Le revivifie. Au diable cette fois les scénarios aux intrigues solidement ficelées, les stars de cinéma et les mises en scène millimétrées : Les Olympiades est un film en liberté, élégant mais sans affèteries, qui fait la part belle à un quarteron d’acteurs à peu près inconnus, extraordinaires de fraîcheur et de sincérité. Aux côtés de Lucie Zhang et Makita Samba, radieuses découvertes, la seule connue, Noémie Merlant (vue entre autres dans Le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, ici co-scénariste), est magnifique. Avec beaucoup de douceur et de générosité, le film les conduit dans l’apprivoisement du sentiment amoureux à l’ombre des tours, qui perdent de leur froideur impersonnelle au fur et à mesure que les cœurs se réchauffent. C’est une formidable réussite.